Le 29 juin 2026, les Ministres européens de l’Emploi et des Affaires sociales ont adopté des conclusions visant à mieux prévenir et combattre la cyberviolence à l’égard des filles. Ce texte s’appuie sur une étude de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), fondée sur des analyses juridiques et statistiques ainsi que sur les témoignages de jeunes issus de dix États membres de l'Union européenne, qui met en évidence l’ampleur du phénomène et ses conséquences sur les adolescentes.
Les adolescentes particulièrement exposées aux violences en ligne
L’étude publiée par l’EIGE montre que de nombreuses adolescentes dans l’Union européenne sont confrontées à de la cyberviolence. Les filles y sont davantage exposées que les garçons car le phénomène est ancré dans des inégalités systémiques et les normes de genre.
Les formes de violence évoluent avec l’âge. Entre 13 et 15 ans, les filles rapportent principalement des situations de moqueries, d’exclusion ou de commentaires dégradants sur leur apparence. À partir de 16 ans, elles sont davantage confrontées à des violences sexuelles en ligne, à la diffusion d’images intimes sans consentement ou encore à l’utilisation de contenus générés par intelligence artificielle, tels que les « deepfakes ».
L’EIGE souligne également que ces violences ne restent pas cantonnées à l’espace numérique. Elles ont souvent des répercussions dans la vie quotidienne des victimes, notamment à l’école ou dans leur environnement social, et sur leur santé mentale.
Face à cela, les adolescentes estiment ne pas toujours recevoir une réponse adaptée lorsqu’elles signalent ces situations. Les établissements scolaires, les forces de l’ordre ou les autres autorités compétentes sont parfois jugés insuffisamment préparés pour accompagner les victimes et traiter efficacement ces violences.
Le Conseil appelle à renforcer la prévention et l’accompagnement des victimes
Au regard de ces constats, le Conseil de l’Union européenne invite les États membres à développer une approche globale de prévention de la cyberviolence.
Les conclusions préconisent notamment de renforcer l’éducation au consentement numérique dès le plus jeune âge afin de sensibiliser les enfants et les adolescents au respect de la vie privée, au partage d’images et aux comportements responsables en ligne. Les ministres recommandent également de mieux former les enseignants, les professionnels de l’éducation et les parents, afin qu’ils puissent détecter les situations de cyberviolence et accompagner les jeunes victimes grâce à des outils pratiques.
Le Conseil appelle également à améliorer les dispositifs d’aide psychologique, sociale et juridique destinés aux adolescentes victimes de violences numériques. Les autorités nationales sont invitées à renforcer la coopération transfrontière, les moyens des services répressifs et judiciaires, et des ONG, afin de mieux identifier les auteurs et d’assurer une réponse rapide aux signalements. L’EIGE rappelle que la pleine transposition de la directive européenne de 2024 sur la lutte contre les violences à l’égard des femmes permettrait de consolider le cadre juridique de protection des victimes dans l’ensemble de l’Union.
Les États membres soutiennent par ailleurs le développement de travaux de recherche consacrés aux conséquences psychologiques, sociales et économiques de la cyberviolence, afin de mieux comprendre l’évolution du phénomène et des discours « incels », et d’adapter les politiques publiques.
Les plateformes numériques appelées à assumer davantage de responsabilités
Le Conseil insiste également sur le rôle central des plateformes numériques dans la prévention des violences en ligne.
Les États membres leur demandent d’intégrer dès la conception de leurs produits des principes de sécurité et de protection des données (« privacy by design » et « safety by design »). Ils sont également encouragés à développer des outils permettant de détecter plus rapidement les contenus préjudiciables, de limiter le partage non consenti d’images intimes et d’améliorer la modération des contenus. Les conclusions appellent en particulier les plateformes à mieux prendre en compte les risques liés aux systèmes de recommandation, à l’intelligence artificielle générative et aux mécanismes algorithmiques, susceptibles d’amplifier la diffusion de contenus violents ou sexistes, visant notamment les filles LGBTI, en situation de handicap ou issues de minorités.
Enfin, le Conseil recommande de faciliter les procédures de signalement et de développer des mécanismes de blocage entre plateformes.
Ces mesures ont notamment été réclamées par le Lobby européen des femmes, qui a appelé à combattre la cyberviolence dans son cadre stratégique pour 2027-2031.
Plus d'informations
Lien vers les Conclusions du Conseil de l'UE
Lien vers l'étude de l'EIGE


