Le 28 avril 2026, la Commission européenne a publié une étude sur les performances des flottes de pêche européennes. Elle s’appuie sur cinq études de cas : la pêche démersale en mer du Nord, la flotte espagnole dans les eaux nord-ouest de l'Atlantique, la flotte portugaise dans les eaux extérieures de l'UE, la flotte polonaise en mer Baltique et les flottes de la Méditerranée occidentale.
Constat
Depuis le début des années 2000, les indicateurs de capacité des flottes européennes diminuent dans les 22 États membres côtiers de l’Union européenne. Cette tendance s’est accélérée après la réforme de la PCP de 2013, qui visait à mieux adapter les capacités de pêche aux ressources halieutiques disponibles. Cependant, cette baisse globale ne s’est pas traduite par un bon équilibre entre les flottes et les stocks halieutiques. Plusieurs segments de la pêche européenne restent confrontés à une faible rentabilité économique, très souvent liée à la dégradation des stocks de poissons.
Les situations diffèrent fortement selon les zones maritimes. En Méditerranée occidentale, certains stocks de merlu demeurent inférieurs aux niveaux biologiques de précaution malgré les réductions ciblées de l’effort de pêche. En mer Baltique, les fluctuations des stocks fragilisent la viabilité économique des navires. Dans les eaux extérieures de l’Union, les pénuries de quotas et l’inadéquation entre les capacités de pêche et les ressources réellement accessibles demeurent importantes.
L’étude souligne également l’impact croissant de facteurs extérieurs sur le secteur. Le changement climatique, la pollution marine et l’érosion de la biodiversité affectent directement la productivité des écosystèmes marins. La crise énergétique liée à la guerre en Ukraine a par ailleurs fortement augmenté les coûts d’exploitation des navires, tandis que les variations des prix du marché influencent la rentabilité des flottes.
Les critiques adressées à la politique commune de la pêche
L’étude met en lumière plusieurs critiques formulées par les professionnels du secteur à l’encontre du fonctionnement actuel de la PCP.
Les plafonds de capacité imposés par le système dit « entrée-sortie » sont particulièrement contestés. Ce mécanisme oblige les armateurs à retirer une capacité équivalente à celle acquise lors de la modernisation ou du remplacement d’un navire. Selon les acteurs de la pêche, ce système freine le renouvellement d’une flotte européenne vieillissante et limite les investissements nécessaires à la transition énergétique, ce qui est renforcé par l’absence d’aides publiques pour la construction et la modernisation des flottes.
Les professionnels estiment également que les politiques européennes accordent une place trop importante aux seuls critères biologiques, sans prendre suffisamment en compte les réalités économiques et sociales du secteur. En Méditerranée occidentale comme en mer Baltique, plusieurs organisations de producteurs regrettent le manque d’analyses approfondies sur l’emploi, les conditions de marché ou la dépendance économique des territoires côtiers à la pêche, ce qui pourrait avoir donné lieu au non-respect des mesures de conservation et des objectifs de durabilité.
Les mesures envisagées pour moderniser le secteur sans aggraver la pression sur les stocks
Plusieurs défis pour le futurs sont identifiés : attirer de nouveaux pêcheurs, accompagner la transition énergétique et améliorer les conditions de travail à bord des navires. Ces transformations pourraient nécessiter des moteurs plus performants, des carburants alternatifs ou des espaces de travail modernisés, parfois incompatibles avec les plafonds actuels de capacité. C’est pourquoi les auteurs de l’étude recommandent plusieurs évolutions de la politique européenne de la pêche.
Ils préconisent tout d’abord une approche plus flexible du renouvellement des flottes. L’objectif serait de mieux distinguer la capacité réellement liée à l’effort de capture de celle destinée à améliorer la sécurité, les conditions de travail ou l’efficacité énergétique des navires. L’étude souligne également la nécessité de renforcer les outils de gestion afin d’éviter que la modernisation des navires ne conduise à une augmentation de la pression sur les stocks halieutiques. La Commission insiste sur le fait que le renouvellement technologique doit rester compatible avec les objectifs de durabilité fixés par la PCP.
Les auteurs estiment aussi qu’un meilleur équilibre entre la capacité des flottes et les ressources disponibles permettrait d’améliorer durablement la rentabilité du secteur. Une hausse de la productivité pourrait ainsi permettre le financement de certaines modernisations.
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