Le 7 juillet 2026, la Cour des comptes de l'UE a publié un rapport spécial consacré au financement de la rénovation énergétique des logements, à hauteur de 43 milliards d’euros, par la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), principal instrument du plan de relance européen NextGenerationEU. Ce rapport s’est en particulier fondé sur l’examen des programmes de rénovation belges, italiens, chypriotes et lithuaniens.
Un secteur clé pour atteindre les objectifs climatiques européens
Le bâtiment constitue l'un des principaux postes de consommation énergétique en Europe. Selon la Cour des comptes, les logements résidentiels représentent environ 25 % de la consommation finale d'énergie de l'Union européenne et sont responsables d'une part importante des émissions de gaz à effet de serre. Or, près de 75 % des bâtiments européens sont considérés comme peu performants sur le plan énergétique, ce qui fait de leur rénovation un levier essentiel pour atteindre les objectifs climatiques de l'Union.
Afin d'accélérer cette transition, la Facilité pour la reprise et la résilience a imposé aux États membres de consacrer au moins 37 % des financements de leurs plans nationaux à des mesures contribuant aux objectifs climatiques.
Des aides importantes mais insuffisamment ciblées sur les rénovations les plus efficaces
La Cour des comptes souligne que ces investissements ont permis de soutenir un grand nombre de projets de rénovation et d'inciter de nombreux ménages à engager des travaux. Cependant les financements européens n'ont pas toujours été orientés vers les rénovations permettant les gains énergétiques les plus importants.
Dans plusieurs États membres, les aides ont principalement soutenu des rénovations partielles, comme le remplacement des fenêtres ou l'isolation d'un seul élément du bâtiment. Si ces travaux permettent d'améliorer le confort des occupants, ils produisent souvent des économies d'énergie limitées par rapport aux rénovations globales du bâtiment et des systèmes de chauffage.
Les auditeurs relèvent également que certains dispositifs n'étaient pas suffisamment ciblés vers les ménages les plus modestes ou les logements présentant les plus mauvaises performances énergétiques. Cette situation a limité l'impact sur la consommation d’énergie des investissements, initialement recherchée, tout en réduisant leur efficacité sociale, selon la Cour des comptes.
Autre faiblesse identifiée : les États membres ne mesurent pas toujours les résultats obtenus de manière homogène. En outre, les indicateurs utilisés portent souvent sur le nombre de logements rénovés ou le montant des aides distribuées, sans permettre d'évaluer précisément les économies d'énergie réellement réalisées, ni les réductions effectives des émissions de gaz à effet de serre. En effet, sur les 111 mesures de rénovation examinées, trois seulement comportaient des objectifs en matière d’économies d’énergie. La Cour des comptes estime que cette approche rend difficile l'évaluation de l'efficacité des dépenses européennes. Elle relève tout de même certains cas avérés de mauvaise utilisation des financements européens, notamment en Italie, où le programme de rénovation permet de rembourses jusqu’à 110 % des coûts de rénovation.
La Cour des comptes plaide pour une utilisation plus efficace des financements européens
Au regard de ces constats, la Cour des comptes formule plusieurs recommandations afin d'améliorer les futurs programmes européens consacrés à la rénovation énergétique et d’éviter une utilisation tous azimuts des fonds publics européens.
Elle invite tout d'abord la Commission européenne et les États membres à mieux cibler les financements vers les bâtiments les plus énergivores et vers les rénovations profondes, seules capables de produire des économies d'énergie significatives sur le long terme.
La Cour des comptes recommande également de renforcer les systèmes de suivi des résultats, et de ne pas s’appuyer uniquement sur les certificats de performance énergétique dont les informations ne sont pas assez fiables et détaillées pour mesurer la consommation d’énergie réelle des logements. Elle attend de la Commission que cette dernière publie d’ici la fin de l’année 2026 de plus amples explications sur la méthode utilisée pour évaluer les mesures d’efficacité énergétique.
Enfin, les auditeurs rappellent que les besoins d'investissement restent considérables. Pour atteindre les objectifs climatiques de l'Union européenne, le rythme des rénovations devra encore s'accélérer au cours des prochaines années, tout en privilégiant des projets offrant un véritable gain énergétique. Les financements européens devront ainsi être utilisés de manière plus stratégique afin d'obtenir un meilleur rapport entre les sommes engagées et les bénéfices climatiques obtenus.
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Lien vers le rapport de la Cour des comptes


