Le 9 février 2026, la Commission européenne a adopté une directive autorisant l’utilisation d’engrais azotés produits à partir de lisier (REcovered Nitrogen from manURE – RENURE), au-delà des plafonds d’épandage fixés par la directive « Nitrates ».
Contexte
Cette nouvelle législation, votée par les Etats-membres en septembre dernier, vient amender la Directive « Nitrates » de 1991, dont l’objectif est de protéger les eaux de la pollution provoquée par le ruissellement des nitrates de source agricole (représentant une des principales sources de pollution des eaux en Europe et affectant la biodiversité). Elle limite ainsi l’utilisation d’azote provenant de lisier à 170kg par hectare et par an. Avec cette nouvelle Directive, les agriculteurs auront la possibilité d’utiliser des engrais RENURE au-delà de ce plafond, dans des conditions fixées par la législation devant garantir la protection des eaux et de l’environnement.
Les engrais RENURE sont produits à partir de lisier d’origine animale, transformé en un engrais, moins polluant que le fumier brut.
Une mesure en faveur de l'indépendance des agriculteurs européens
L’objectif de cette révision est de permettre aux agriculteurs de remplacer plus facilement l’utilisation d’engrais chimiques par les engrais RENURE, dont le fonctionnement et les effets sont similaires. Ainsi, cela diminuera la dépendance des agriculteurs européens à l’égard des engrais importés, notamment les engrais russes et biélorusses, visés par des sanctions. Il s’agit donc d’une mesure en faveur de la souveraineté agricole et de l’autonomie stratégique, qui va permettre de réduire le coût des engrais pour les agriculteurs. Celle-ci avait notamment été réclamée par la COPA/COGECA au printemps dernier.
La Commission se félicite de l’adoption de cette directive. Jessika ROSWALL, Commissaire à l’environnement explique qu’avec « l’adoption de ces nouvelles règles sur le RENURE, l'Europe transforme les déchets en valeur ajoutée : elle réduit les importations d'engrais, soutient la compétitivité des agriculteurs et renforce notre autonomie stratégique, tout en préservant l'eau et l'environnement ». De son côté, Christophe HANSEN, Commissaire à l’agriculture, souligne que la réduction de « notre dépendance aux engrais importés est une priorité stratégique, et [que] RENURE en est un élément clé, [apportant] aux agriculteurs une source d’approvisionnement plus fiable [et] durable ».
Une directive critiquée par les associations environnementales
Des précautions environnementales, nécessaires afin d’éviter des effets négatifs sur la qualité des eaux, sont prévues dans le texte. Il prévoit notamment le respect de techniques d’épandage appropriées, comme l’incorporation immédiate des matières appliquées en surface.
Malgré cela, des associations environnementales s’opposent à cette dérogation, qu’elles qualifient de « précédent dangereux » (Bureau Environnemental Européen, EEB). Ce réseau environnemental avertit du contournement de la Directive « Nitrates » sous prétexte de progrès et d’adaptation technique. Selon l'EEB, la dérogation adoptée risque de saper la protection assurée par la Directive « Nitrites ». Il dénonce également la pression des Pays-Bas dans l’adoption de la Directive sur les engrais RENURE. Cet Etat détenant un large bétail souhaitait en effet trouver des débouchés pour sa production de fumier. Une position préjudiciable pour les objectifs européens de réduction de moitié des pertes en nutriments et de la pollution causée par ces derniers d’ici 2030. Au contraire, le Bureau Environnemental Européen exhorte les Etats-membres à transitionner vers des pratiques agroécologiques et un élevage durable et moins intensif.



