De nouvelles mesures pour assainir les sols européens

In ActualitĂ© de l'Union europĂ©enne, Agriculture - DĂ©veloppement Rural, Énergie - Environnement - Climat by Occitanie Europe

Le 10 avril dernier, les eurodĂ©putĂ©s ont arrĂȘtĂ© leur position sur la proposition de directive relative Ă  la surveillance et Ă  la rĂ©silience des sols, qui rĂ©pond aux inquiĂ©tudes croissantes des citoyens concernant la pollution des sols europĂ©ens et les atteintes Ă  la biodiversitĂ©.

Des sols européens dégradés

Cette proposition intervient dans le cadre du Plan d’action ZĂ©ro Pollution adoptĂ© par la Commission europĂ©enne en mai 2021, qui vise notamment un bon Ă©tat de santĂ© des sols Ă  horizon 2050. Contrairement Ă  l'air et l'eau, les sols n'avaient pas de lĂ©gislation propre pour les protĂ©ger de la pollution, tandis que 60% Ă  70% des sols europĂ©ens sont dĂ©gradĂ©s, notamment par l'expansion urbaine et l'agriculture intensive.
Or, les sols abritent de nombreux organismes vivants et jouent un rÎle essentiel dans l'économie européenne et la lutte contre le changement climatique, via la production de denrées alimentaires et de bois, ou encore la séquestration de carbone. La contamination des sols de l'UE, qui coûterait ainsi plus de 50 milliards d'euros par an, aggrave le dérÚglement climatique, dégrade la biodiversité, et menace la santé des citoyens.
Ainsi, le rapporteur du texte Martin HOJSÍK (Renew, Slovaquie) a rappelĂ© Ă  l'issue du vote que "les moyens de subsistance des agriculteurs et les aliments dans nos assiettes dĂ©pendent de cette ressource non renouvelable. C’est pourquoi il est de notre responsabilitĂ© d’adopter le premier acte lĂ©gislatif europĂ©en visant Ă  surveiller et Ă  amĂ©liorer la qualitĂ© des sols."

Vers des mesures de surveillance, d'évaluation et d'amélioration de la qualité des sols

Si le texte est adopté par le Parlement et le Conseil, les autorités nationales devront choisir les indicateurs pertinents pour mettre en place des dispositifs de surveillance et d'évaluation de la qualité de leurs sols.
Les eurodéputés souhaitent l'élaboration d'une définition harmonisée de la qualité des sols européens et leur classement en cinq catégories selon leur niveau de contamination : état écologique élevé, bon, modéré, dégradé et gravement dégradé. Le texte adopté par le Parlement prévoit également la création d'un registre commun pour recenser les sites contaminés, qui sont estimés au nombre de 2,8 millions par la Commission européenne.
Par ailleurs, les États membres seront chargĂ©s d'appliquer le principe du pollueur-payeur. Ainsi, une fois que les autoritĂ©s nationales auront enquĂȘtĂ© et identifiĂ© les sites contaminĂ©s, les acteurs Ă  l'origine de la dĂ©gradation des sols devront financer leur dĂ©contamination.
Enfin, cette directive a pour ambition de servir de boussole Ă  d'autres politiques communautaires, en particulier la politique agricole commune (PAC).

Un texte controversé

En 2006, la Commission avait dĂ©jĂ  proposĂ© un projet de directive “dĂ©finissant un cadre pour la protection des sols”. La proposition avait finalement Ă©tĂ© abandonnĂ©e en 2014 en raison du refus de l’Allemagne, de l’Autriche, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de la France, qui estimaient que le texte outrepassait les compĂ©tences nationales et aurait gĂ©nĂ©rĂ© des coĂ»ts substantiels.

Durant les années qui ont suivi, le projet de législation sur les sols est resté lettre morte, jusqu'à ce que le Parlement européen s'empare du sujet et rédige une résolution en avril 2021 afin d'inviter la Commission à proposer un cadre juridique de surveillance et de protection des sols. Ainsi, le 5 juillet 2023, la Commission publiait un nouveau projet de directive. Or, plusieurs ONG environnementales regrettent la moindre ambition de ce texte par rapport au projet avorté en 2014.

Par ailleurs, lors d'une session publique en date du 18 dĂ©cembre 2023 et qui a rĂ©uni les 27 ministres de l’Environnement ainsi que le commissaire chargĂ© de l'Environnement Virginijus Sinkevičius, plusieurs États membres ont alertĂ© sur le risque que la directive gĂ©nĂšre des coĂ»ts administratifs importants et ont dĂ©fendu une meilleure prise en compte des spĂ©cificitĂ©s de chaque territoire, tout en garantissant le respect des compĂ©tences nationales, conformĂ©ment au principe de subsidiaritĂ©.

MalgrĂ© ces rĂ©serves, les États membres et dĂ©fenseurs du texte soulignent la nĂ©cessitĂ© de dĂ©finir un cadre lĂ©gislatif commun, en complĂ©ment des lĂ©gislations nationales existantes, pour surveiller et amĂ©liorer la santĂ© des sols, et ainsi garantir la protection de la biodiversitĂ© et de la santĂ© des citoyens, mais aussi la souverainetĂ© alimentaire de l'UE sur le long terme.

Prochaines étapes

Le texte sera rĂ©examinĂ© en deuxiĂšme lecture par le nouveau Parlement Ă  l'issue des Ă©lections europĂ©ennes afin de trouver un accord dĂ©finitif avec le Conseil. Une fois adoptĂ©e, la directive devra ĂȘtre transposĂ©e dans les lĂ©gislations nationales, Ă  la diffĂ©rence d'un rĂšglement, qui s'applique directement dans tous les Etats membres.