Le carbone des sols agricoles européens en danger : un enjeu climatique et alimentaire majeur

In Actualité de l'Union européenne, Agriculture - Développement Rural, Alimentation, Énergie - Environnement - Climat by Occitanie Europe

Les sols constituent l’un des plus grands réservoirs de carbone terrestre. À eux seuls, les horizons superficiels des terres agricoles de l’UE (premiers centimètres à dizaines de centimètres du sol) renferment plus de dix fois la quantité annuelle de CO₂ émise par l’ensemble des États membres. Outre leur rôle essentiel dans le stockage du carbone, les sols riches en matière organique sont aussi plus fertiles, retiennent mieux l’eau, soutiennent la biodiversité microbienne et sont plus résistants aux aléas climatiques.

Pourtant, entre 2009 et 2018, les sols agricoles européens ont subi une perte de leur carbone organique total. Selon les auteurs d'une étude publiée le 18 mars dans Nature Communications et dirigée par le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission, jusqu’à 44 % des terres agricoles de l’UE et du Royaume-Uni — soit entre 43 et 83 millions d’hectares — sont à haut risque de perte de carbone organique. Cette tendance, accentuée par la crise climatique, remet en cause la capacité de l’agriculture européenne à s’inscrire durablement dans les objectifs du Pacte vert européen.

 

Mieux évaluer le risque, mieux cibler les actions

 

L’originalité de l’étude repose sur une nouvelle approche de l’évaluation des risques, combinant deux éléments : l’évolution du stock de carbone organique (l’aléa) et la vulnérabilité des sols, liée à leur niveau de saturation. Si une partie du carbone organique est stabilisée grâce à son association avec des particules minérales fines, cette protection n’est pas illimitée. Une fois ce seuil de saturation atteint, les sols deviennent plus sensibles aux pertes.

Les chercheurs remettent en question l’idée d’un seuil de saturation universel, en proposant une notion de « capacité de saturation effective », propre à chaque zone pédoclimatique. Cette approche a permis la création d’un indice de risque, outil précieux pour identifier les terres les plus vulnérables mais aussi celles qui présentent un potentiel de stockage supplémentaire, estimé entre 26 à 50 millions d’hectares.

 

Des solutions agronomiques éprouvées et accessibles

 

Face à ces constats, l’étude recommande un ensemble de pratiques agricoles reconnues pour leur efficacité dans la préservation et l’enrichissement du carbone des sols : couverture végétale, diversification des rotations, réduction du travail du sol, introduction de cultures à enracinement profond, amendements organiques, agroforesterie… Ces leviers, déjà largement documentés, nécessitent aujourd’hui une mise en œuvre ciblée et à grande échelle.

 

Une réponse politique européenne en construction

 

L’Union européenne n’est pas restée passive. La politique agricole commune (PAC) soutient déjà, à travers ses plans stratégiques, des mesures en faveur d’une utilisation durable des sols agricoles. À cela s’ajoute l’entrée en vigueur récente du cadre de certification pour l’agriculture carbone, qui vise à récompenser les pratiques agricoles favorables à la séquestration du carbone, tout en préservant la biodiversité et en évitant la dégradation des terres.

Le nouvel indice de risque développé par le JRC vient renforcer ces dispositifs en fournissant aux décideurs des données précises pour prioriser les zones à préserver ou à restaurer. Il représente un pas décisif vers une gestion plus ciblée, efficace et résiliente du carbone des sols, au service des objectifs climatiques et alimentaires de l’Union.


Plus d'Information:

Lire l'article du Centre commun de recherche

Lire l'article Nature communications

 

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