Une nouvelle évaluation scientifique internationale alerte sur les risques systémiques que la perte de biodiversité fait peser sur l’économie mondiale, les chaînes d’approvisionnement et la stabilité financière, tandis que l’UE renforce ses initiatives pour mobiliser les investissements en faveur de la nature.
Contexte
La biodiversité, qui désigne l’ensemble des espèces vivantes, des écosystèmes et de leurs interactions, constitue un élément essentiel du fonctionnement des sociétés humaines et de l’économie. Elle fournit des services indispensables tels que la production alimentaire, l’approvisionnement en ressources naturelles, la régulation du climat ou encore la résilience face aux catastrophes.
Toutefois, les activités humaines, notamment la déforestation, la pollution, la surexploitation des ressources et le changement climatique, entraînent depuis plusieurs décennies un déclin rapide de la biodiversité à l’échelle mondiale. Cette dégradation des écosystèmes est désormais reconnue comme un risque économique et financier majeur, affectant les chaînes d’approvisionnement, certains secteurs productifs et la stabilité des systèmes économiques.
Dans ce contexte, la protection et la restauration de la nature sont devenues une priorité internationale et européenne, avec un accent croissant sur la mobilisation des financements publics et privés et l’intégration des enjeux environnementaux dans les décisions économiques.
Évaluation scientifique : la perte de biodiversité, un risque systémique
Une nouvelle évaluation scientifique publiée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) et soutenue par plus de 150 gouvernements alerte sur les risques systémiques croissants liés à la perte de biodiversité pour l’économie mondiale, les chaînes d’approvisionnement et la stabilité financière.
Le rapport souligne que toutes les entreprises dépendent de la biodiversité, tout en contribuant à sa dégradation. Les écosystèmes constituent en effet le socle de nombreuses activités économiques, notamment la production alimentaire, l’approvisionnement en matières premières, la gestion des ressources en eau, la résilience climatique ou encore le tourisme.
La dégradation continue des écosystèmes, liée à des modèles de croissance non durables, engendre ainsi des risques économiques croissants, susceptibles d’affecter le fonctionnement des marchés, la sécurité des approvisionnements et le bien-être des populations.
Un déficit mondial de financement en faveur de la biodiversité
L’évaluation met en évidence un déséquilibre majeur entre les flux financiers favorables et défavorables à la biodiversité, soulignant l’ampleur du déficit de financement en faveur de la nature.
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En 2023, les flux financiers nuisibles à la biodiversité sont estimés à environ 6,12 milliards €, incluant des subventions publiques dommageables pour l’environnement et des investissements privés dans des secteurs à fort impact écologique.
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À l’inverse, seuls 184,58 milliards € ont été consacrés à la conservation et à la restauration des écosystèmes.
Les subventions publiques néfastes pour l’environnement représentent à elles seules près de 2,01 milliards €, notamment dans les secteurs :
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des combustibles fossiles (948,07 millions €),
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de l’agriculture (343,99 millions €),
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de l’eau (335,60 millions €),
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du transport (151,02 millions €),
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de la construction (125,85 millions €),
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et de la pêche (50,34 millions €).
Le rapport souligne également un manque de transparence des acteurs économiques : moins de 1 % des entreprises publiant des informations publiques déclarent actuellement leurs impacts sur la biodiversité.
Afin de combler ce déficit, l’IPBES identifie plus de 100 actions destinées à aider les entreprises, les gouvernements et les institutions financières à mieux mesurer, gérer et réduire leurs impacts environnementaux, tout en contribuant à la restauration des écosystèmes.
Réponse européenne : mobiliser les investissements et orienter les flux financiers
Au niveau européen, la Commission entend traduire ces conclusions scientifiques en outils opérationnels et renforcer la mobilisation des financements en faveur de la nature.
Parmi les principales initiatives figure la feuille de route relative aux crédits nature, qui vise à mettre en place des mécanismes permettant de récompenser des résultats mesurables en matière de restauration des écosystèmes et de gestion durable des terres et des espaces marins. L’objectif est notamment de mobiliser les investissements privés et d’orienter les flux financiers vers des activités favorables à la biodiversité.
Des travaux sont actuellement menés par un groupe d’experts, appuyés par des études préparatoires et plusieurs projets pilotes destinés à tester les approches envisagées et à constituer une base scientifique solide. La Commission prévoit également de renforcer la coopération avec les États membres, les entreprises et les partenaires internationaux afin de préparer de futures initiatives politiques et réglementaires.
Par ailleurs, avec l’adhésion récente de la Slovénie à l’IPBES, l’ensemble des 27 États membres de l’Union européenne participent désormais à cette plateforme scientifique internationale, renforçant l’engagement européen en faveur d’une action fondée sur les données scientifiques.
Perspectives et prochaines étapes
Ces initiatives seront notamment mises en avant lors de la Semaine verte de l’Union européenne 2026, organisée en juin, qui portera sur l’investissement dans la nature et la démonstration du modèle économique d’une économie « nature positive ».
L’événement présentera des exemples concrets de solutions fondées sur la nature mises en œuvre par des entreprises, des agriculteurs et des collectivités locales. Pour la première fois, il accueillera également un événement de mise en relation entre start-ups, PME et investisseurs afin de soutenir le développement de solutions innovantes favorables à la biodiversité.
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