Matières premières critiques : l’UE risque la pénurie, avertit la Cour des comptes européenne

In Énergie - Environnement - Climat by Occitanie Europe

Dans un rapport spécial publié le 2 février 2026, la Cour des comptes de l’Union européenne avertit face à la dépendance européenne envers les pays tiers dans l’approvisionnement en matières premières critiques, essentielles pour la transition énergétique de l’Union européenne.


Contexte

Afin de remplir son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, et de production d’au moins 42,5% de son énergie grâce aux renouvelables d’ici 2030, l’UE doit produire massivement des technologies fournissant de l’énergie renouvelable, à savoir, des éoliennes, panneaux solaires et batteries.

Pour cela, elle doit s’approvisionner en matières premières critiques, comme le lithium, le cuivre ou les terres rares, nécessaires au fonctionnement de ces technologies, et pour lesquelles elle est actuellement très dépendante de quelques pays-tiers. Pour certains minéraux, l’UE repose même essentiellement sur un seul pays (la Chine fournit 97% du magnésium utilisé dans l’UE, la Turquie, 99% du bore).

Cela pose un fort problème d’autonomie à l’Union européenne qui doit donc faire en sorte de se rendre moins dépendante de ces pays tiers, afin de reprendre la main sur sa politique énergétique et industrielle et de mener à bien la transition verte.


Mesures prises par l’UE

Face à cette situation, et afin de sécuriser ses approvisionnements et de renforcer l’exploitation et la production de matériaux critiques européens, l’UE a adopté en 2024 le Règlement sur les matières premières critiques, accompagné depuis décembre 2025 d’un plan d’action, RESourceEU, pour les matières premières critiques.

Le Règlement a permis de dresser une liste de 34 matières critiques dont 17 matières premières stratégiques afin de prioriser les actions de l’UE sur ces éléments. Il fixe un objectif contraignant pour les Etats-membres à l’horizon 2030 : qu’aucune de ces 17 matières stratégiques ne provienne à plus de 65% d’un seul pays-tiers.

Il définit également des objectifs non-contraignants :

  • Porter l’extraction de matières stratégiques de l’UE à 10%, et la transformation à 40%,
  • Produire au mois 25% des matières premières stratégiques de l’UE à partir de sources recyclées d’ici 2030.

L’objectif est de mettre en place une gestion durable et efficiente des ressources, permettant d’en limiter la demande.


Une stratégie peu efficace

La Cour des comptes européenne déplore néanmoins le manque de résultats liés aux efforts d’autonomisation entrepris par l’UE et souligne les maigres chances de l’UE de parvenir à sécuriser ses approvisionnements d’ici 2030.

Elle identifie de nombreux obstacles à la diversification de l’approvisionnement européen en matières critiques :

  • Une liste de matières stratégiques trop restreinte,
  • Un manque d’objectifs contraignants pour les autres matières critiques,
  • Un impact trop incertain des accords de libre-échange et de partenariats dans la sécurisation des approvisionnements : Parmi les quatorze partenariats sur les matériaux critiques signés ces cinq dernières années, sept l’ont été avec des pays ayant un mauvais score de gouvernance. D’autres accords sont en pause, en particulier l’accord UE-Mercosur, qui donnerait accès à davantage de ressources en matériaux critiques, faute de ratification par tous les Etats-membres.
  • Des goulets d’étranglement financiers, juridiques et administratifs.

L’UE peine donc à rattraper son retard, aussi bien au niveau de l’extraction que de la transformation des minerais. En effet, la complexité des procédures d’autorisation retarde la mise en œuvre des projets miniers, rendant l’atteinte des objectifs en 2030 très peu probable, tandis que le manque de technologie et les coûts élevés de l’énergie défavorisent la transformation des matières critiques sur le sol européen. Ainsi, pour le moment, le seuil de 65% d’approvisionnement dans un seul pays-tiers est dépassé pour les quatre matières les plus importantes pour la transition énergétique (le lithium, le magnésium, le gallium et les terres rares).

Enfin, les objectifs de recyclage des matières premières critiques ne sont pas en phase avec la stratégie européenne de recyclage qui n’encourage pas l’utilisation de matières premières recyclées. Son développement est particulièrement difficile pour les matières dont les quantités utilisées sont faibles, car très coûteux.


Recommandations de la Cour des comptes de l’UE

Afin d’éviter les risques de pénuries et de pallier les manquements actuels, la Cour des comptes recommande de mettre en place une méthodologie claire au niveau européen.

Elle suggère d’étendre le label « projet stratégique » à plus de matières premières nécessaires à la transition énergétique, et de mieux suivre leur financement et leurs effets sur la sécurisation des approvisionnements.

Elle propose pour cela :

  • D’évaluer régulièrement les partenariats stratégiques,
  • De favoriser le financement de projets durables pour l’exploitation et la transformation minière grâce à la taxonomie,
  • D’introduire des objectifs contraignants de recyclage des matières critiques et de renforcer la rentabilité de ce processus.

Pour plus d’informations, consulter le rapport spécial de la Cour des comptes de l’UE

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